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 Exposé l'hygiène en france 1848-1945

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Guillaume

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MessageSujet: Exposé l'hygiène en france 1848-1945   Jeu 14 Déc - 21:54

voilà un exposé qui à des chances de ne jamais vous servir sauf de comprendre que les gens s'étaient des crados avant nous et qu'ils voulaient pas se laver! (à prendre avec ironie bien sur!)

Laughing
L’HYGIÈNE EN FRANCE 1848-1945


L’hygiène, tel qu’on la conçoit aujourd’hui, n’a rien a voir avec celle de la période concernée. De plus, avant le milieu du XIX siècle, son existence était pratiquement inconnue. Alors que s’est il passé pour que l’hygiène, qui a pourtant une longue histoire, soit devenue « la plus utile de nos sciences » (Armingaux)? La rupture avec les époques antérieures tient avant tout à l’essor des sciences exactes, relayées par les avancées technologiques et à la véritable croisade que les hommes de progrès ont mené en faveur d’un projet de grande envergure : rendre saine la vie en société. Il en convient donc de définir l’hygiène : c’est un ensemble de mesures destinées à prévenir des infections et l’apparition de maladies infectieuses. Elle a trois bases : tout d’abord, le nettoyage et la détersion, puis la désinfection et enfin la conservation (preserver dans un état constant. On parle aussi d’ « hygiène de vie », « d’hygiène mentale » pour des actions empêchant l’apparition de troubles tel que la pratique du sport, l’abstention de fumer, de boire… nous verrons donc son évolution tout au long de la période 1848-1945. Dans une première partie, nous verrons l’hygiène du milieu du 19ème siècle à sa fin, puis nous expliquerons son évolution pendant la belle époque. Enfin nous montrerons sa pratique de 1914 à 1945 en passant par l’entre deux guerres.





I) En marge de l’hygiène : de 1848 à la fin du siècle
A) La révolution scientifique de Pasteur
B) L’Hygiénisme
C) Des progrès à l’écart de la civilisation

II) A la Belle Epoque
A) Une volonté de l’étendre à tous
B) Qui fait face à la résistance des mœurs

III) De la première guerre mondiale à la deuxième
A) La place de l’hygiène pendant la grande guerre
B) Les conséquences du progrès technique
C) L’évolution des mentalités


I) A) La révolution scientifique de Pasteur
En 1863, Napoléon III demande à Pasteur d'étudier les maladies affectant le vin. Il propose de chauffer le vin à 57°C afin de tuer les germes et résout ainsi le problème de sa conservation et du transport, c'est la pasteurisation. C’est en effet un procédé pour la conservation des aliments inventé par Louis Pasteur en 1856 par lequel un aliment est chauffé à une température définie pendant une période de temps définie. Les températures de pasteurisation varient entre 65 °C et 100 °C et même parfois plus. Sous l'effet de la chaleur, les bactéries pathogènes et celles qui causent la détérioration des aliments sont détruites. Cependant, certaines formes pathogènes persistent comme les spores. Le produit devant être pasteurisé est chauffé et refroidi de façon rapide afin de conserver la qualité de l'aliment.
Le deuxième point important de cette avancée scientifique s’établit autour d’un débat : Depuis 1858, il mène une lutte contre les partisans de la génération spontanée, en particulier contre Félix-Archimède Pouchet et un jeune journaliste, Georges Clemenceau; ce dernier, médecin, met en cause les compétences de Pasteur, qui ne l'est pas, et attribue son refus de la génération spontanée à un parti pris idéologique (Pasteur est chrétien) Néanmoins, pour les petits animaux, on continuait à croire que des petites souris pouvaient naître spontanément d'un tas de chiffons et des asticots sortir d'un morceau de viande. Les micro-organismes, microbes et levures, semblaient le produit évident d'une génération spontanée. Les expériences soigneuses de Pasteur au XIXe siècle ont clairement établi que dans tous les cas supposés de génération spontanée, il y avait en fait des germes, des œufs, à l’origine des êtres vivants apparus. Dans un milieu isolé et convenablement stérilisé, la vie n’apparaît pas spontanément, du moins pas aux échelles de temps et d’espace typiques d’un laboratoire. La remise en cause de la génération spontanée a joué un grand rôle dans les mesures d'hygiène et d'asepsie contre le développement des maladies. Il poursuit donc ses recherches et met successivement au point le filtre Chamberland, l'autoclave et le flambage des vases. Au XIXe siècle, les sources thermales sont réputées pour la santé. Louis Pasteur développe une théorie des germes selon laquelle certaines maladies sont causées par des micro-organismes. Les scientifiques et médecins formulent des recommandations comme le lavage des mains et la toilette quotidienne à l'eau et au savon. Les causes d’un certain nombre de maladies et d’infection étant connues, l’hygiène peut proposer des méthodes efficaces pour préserver la santé. Et cette notion de causalité marque une rupture avec les périodes antérieures : l’agent infectieux, outre le « terrain » où il agit est le responsable désigné de la maladie. Grâce aux analyses microbiologiques des laboratoires, il devient possible de les repérer tel que dans l’eau. Du coup, on peut envisager de prévenir par des traitements adéquats ce qui constitue un marché intéressant pour les grandes entreprises (assainissement, médicaments, hygiène). De nouvelles disciplines apparaissent tel la microbiologie et la bactériologie qui précise les portes d’entrée des microbes (plaies cutanées). Les avancées au court de cette deuxième moitié du siècle sont donc considérables.

B) l’hygiénisme
S’appuyant sur l’avancée scientifique, l’hygiénisme est un courant du XIXe siècle qui a suivi la reconnaissance du rôle des bactéries et microbes dans les maladies humaines. On peut mettre à son actif les égouts, le ramassage des ordures, la prophylaxie, les bains publics, les crachoirs contre la tuberculose, ... C'est ce courant qui entraîne le comblement de certains bras de fleuves (Loire à Nantes, Seine à Paris). C'est aussi à cette époque que se développe le thermalisme : la bourgeoisie se rend à Deauville prendre des bains d'eau froide. De même, la mode est aux construction en fer et en verre : laisse passer la lumière, matières "propres". Tout un ensemble de théories apparaissent. Ces théories hygiénistes sont un ensemble de doctrines et de pratiques conseillées, apparues essentiellement au cours du XIXe siècle.
Elles voient le jour en réaction à l'hygiénisme, courant du même XIXe siècle qui a suivi la reconnaissance du rôle des bactéries et microbes dans les maladies humaines. On peut y mettre les égouts, le ramassage des ordures, la prophylaxie, les bains publics, les crachoirs contre la tuberculose, etc. Dans le domaine de l'eau, les théories hygiénistes ont non seulement contribué au développement des adductions d'eau, de l'évacuation des eaux usées et du traitement de l'eau potable, mais également encouragé l'hygiène corporelle.
En terme d'urbanisme, les théories hygiénistes préconisaient, à une époque où la ville s'industrialise (avec toutes les conséquences que cela entraîne), une faible densité afin de « faire circuler l'air ». Il s'agissait notamment d'ouvrir les villes « intra muros » délimitées parfois par d'anciennes fortifications. Elles influencèrent de nombreux architectes ou de nombreux décideurs de transformations urbaines, comme Rambuteau et le baron Haussmann à Paris. Ce dernier a été préfet de la Seine du 23 juin 1853 au 5 janvier 1870. À ce titre, il a dirigé les transformations de Paris sous le Second Empire en élaborant un vaste plan de rénovation. Au milieu du XIXe siècle, Paris se présente à peu près sous le même aspect qu'au Moyen Âge. Napoléon III veut une capitale aussi prestigieuse que son pouvoir, ce qui sera le point de démarrage de l'action du nouveau préfet. L'idée maîtresse des travaux est une meilleure circulation de l'air et des hommes, en adéquation avec les théories hygiénistes qui sont alors en plein essor, suite à l'avènement des « Lumières » au XVIIIe siècle et à l'épidémie de choléra de 1832. La volonté d'entraver d'éventuels nouveaux soulèvements populaires, en souvenir de ceux de 1830 et 1848, entre aussi en jeu. Crée en parallèle, avec l'ingénieur Belgrand, des circuits d'adduction d'eau et un réseau moderne d'égouts. C'est depuis Haussmann un réseau bien entretenu qui double chaque rue parisienne d'une galerie souterraine. Il compte 2 300 kilomètres de galeries. Au total, on estime que les travaux du baron Haussmann ont modifié Paris à 60 %.En combattant l'idée de fortes densités urbaines, elles favorisèrent le développement de transports en commun qui permettent à la ville de s'étendre. Les théories hygiénistes se sont trouvées confortées par les découvertes pastoriennes qui leur apportent un argument scientifique. L'amélioration de l'hygiène a permis un allongement tout à fait significatif de l'espérance de vie.

C) Des progrès propagés par une minorité intellectuelle
Cette hygiène nouvelle correspond par son caractère novateur voire révolutionnaire, correspond grosso modo à l’attente de la majeure partie des élites : notables, médecins et enseignants en particulier. Vivant dans la croyance au Progrès, elles entendent promouvoir une action qui, reposant pour partie sur des idées scientifiquement établies, vise à asseoir une République républicaine face à un royalisme encore puissant ou face au danger boulangiste (entre 1870 et 1914), à récupérer l’Alsace et la Lorraine, à pourfendre les tenants de l’obscurantisme (en gros, l’Église et ses bastions, dont l’école et l’hôpital). Il s’agit d’imposer, parfois de façon musclée, un code hygiénique qui range du côté des « vieilles lunes » les superstitions, les remèdes dits de bonne femme et toute une culture populaire sur le corps et sa place dans l’univers. À ces divers titres, seule une France saine et nombreuse, forte de ses mères et de ses futurs soldats est à même de servir les desseins des dirigeants français.
Dans cette perspective, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, des congrès scientifiques internationaux sont fréquemment organisés, où ingénieurs, savants et médecins débattent des grands problèmes techniques et sociaux. Le docteur en médecine reçoit dans son cabinet une population généralement aisée à laquelle il prescrit non seulement un traitement, mais également un régime de vie : la promenade est conseillée aux jeunes filles, le sirop d’orgeat à leur mère, le champagne au convalescent. La grande majorité est toujours touché par des infections nosocomiales (survenant à la suite de soins médicaux), les femmes après accouchement de fièvre puerpérale. Les logements restent insalubres, sans douches, quand au mouchoir c’est encore la main ou les habits. Cependant les médecins multiplient rapports et observations, rédigent des projets d’amélioration de l’hygiène (abattoirs, abreuvoir). ils croient aux vertus d’un certain code moral (contre l’alcool, le travail des enfants).

II) A) une volonté de l’étendre à tous
Néanmoins le mouvement hygiéniste eu un certains impact à la belle époque et plus tard. Cela se traduit par un mouvement architectural qui prône l'application des théories hygiénistes. C'est l'aboutissement, au début du XXe siècle, des travaux de médecins et d'hommes politiques (notamment le « Musée Social ») luttant contre l'insalubrité des logements parisiens et la propagation de la tuberculose. Concrétisé notamment par la tenue d'un Congrès international d'assainissement et de salubrité de l'habitation qui se tient à Paris en 1904, il prône une architecture scientifique en s'inspirant du modèle hospitalier et des sanatorium et préconise principalement le plus grand ensoleillement possible des logements (influence plus tard sur les architectes modernes, de Henri Sauvage à Le Corbusier). C’est en effet notamment l’assainissement des villes qui est en bonne voie. D’une part l’ère industrielle sépare les eaux propres des eaux usées. Les tuyaux d’amenée (eaux propres) à Paris, assurent fonctions : lavage des rues, lutte contre l’incendie, distribution de l’eau à la fontaine du quartier. On est loin ainsi de la porteuse d’eau qui, un siècle et demi plus tôt, apportait l’eau potable à domicile à un prix qui en excluait l’usage pour l’immense majorité de la population. D’autre part, de nombreuses villes, comme Strasbourg, déploient leurs efforts dans un secteur alors en plein essor : le ramassage des ordures ménagère. Et pour cause, en 1884, sous la IIIe République, le Préfet de la Seine, Eugène Poubelle, décrète que « Dorénavant, les ordures ménagères seront ramassées par l'intermédiaire d'un récipient de bois garni à l'intérieur de fer blanc, de manière à ce que rien ne puisse s'en échapper. Ces récipients pourront également contenir de cendres chaudes sans risque d'incendie ». Ces récipients seront bientôt appelés poubelles. Le Préfet avait même prévu de stocker les déchets dans trois bacs spécifiques. Un pour les déchets ménagers, un pour les papiers / chiffons et enfin un dernier pour le verre, la faïence ou... les coquilles d'huîtres ! La laïcisation a aussi un effet sur la pratique de l’hygiène en particulier : l’école de Jules Ferry remplace la leçon de catéchisme par la leçon d’hygiène. Ainsi se perpétue, dans sa version laïque, une longue tradition qui charge le maître d’enseigner la morale et les règles de civilité. Au même titre que l’instruction civique, l’histoire ou la géographie, cet enseignement nouveau est destiné à fonder durablement une République républicaine, forte de ses principes et de leur mise en application. C’est ainsi que toute une réglementation de l’espace et du mobilier scolaires (1878-1900) se met en place pour promouvoir le bon ordre et l’hygiène. Le terrain réservé à l’école sera désormais « central, bien aéré, d’un accès facile et sûr, éloigné de tout établissement bruyant, malsain ou dangereux, à 100 mètres au moins des cimetières ».
À partir de 1879, la surveillance sanitaire et médicale des écoles est décrétée. Mais, dix ans plus tard, seuls onze départements l’ont effectivement mise en œuvre… Dès lors, à défaut du regard médical, le dépistage des mauvaises postures, des problèmes d’acuité auditive ou de myopie de l’écolier incombent bien souvent à l’instituteur (-trice). Les règlements invitent par ailleurs le maître à pratiquer quotidiennement une « visite de propreté ». L’inspection de la chevelure vise à détecter la présence de poux, celle des mains à bannir les ongles « en deuil », celle des oreilles, du cou et des pieds à vérifier la pratique des bains partiels. Entre 1900 et 1940, l’équipement sanitaire des écoles et des lycées (lavabos, W.-C., douches pour les internes, sans chauffage) se développe, permettant de faire entrer dans la pratique les préceptes enseignés. En second lieu, cette pédagogie est fondée sur la répétition du message. Il en va ainsi pour l’école primaire où elle est diffusée sous forme de chants, de récitations, de rédactions, ou encore de leçons de morale, d’instruction civique ou de sciences naturelles. La dictée contribue elle aussi à l’apprentissage de l’hygiène. Mais un tel message ne vise pas que les enfants. Le monde des adultes, à travers les réclames, constitue une cible de choix. L’eau potable, le savon de Marseille, la salle de bains, etc.,
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Guillaume

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MessageSujet: suite de l'exposé   Jeu 14 Déc - 21:56

II)B) Une hygiène qui fait face à la résistance des mœurs
L’histoire de l’hygiène fait face à des événements comme l’ouverture du premier bain-douche parisien à bon marché (vingt centimes, savon compris, soit environ un euros d’aujourd’hui), véritable symbole de la démocratisation des soins corporaux, le 15 avril 1899 (aussi c’est un lieu mixte avec une vingtaine de minutes chacun). Des bains-douches municipaux ouvrent, le premier à Belleville (Paris) en 1903, ce qui suscite la colère des propriétaires de bains-douches privés. Mais si les villes s’ouvrent à cette sciences il en est tout autrement pour les campagnes. L’hygiène moderne est en butte à des pratiques et à des principes qui n’ont pas grand-chose à voir avec la nouvelle rationalité scientifique et médicale. Toute une série de traditions, de comportements, de schémas explicatifs, hérités de temps très anciens, et remodelés au fil des générations, prédominent durant la seconde moitié du XIXe siècle, et ne disparaîtront qu’après la Seconde Guerre mondiale. Leur vitalité, leur longévité tiennent à l’histoire de la France.
Tout d’abord, la puissance des langues régionales et des patois fait du français, qui véhicule les messages des hygiénistes, une langue un peu étrange, sinon étrangère, parisienne, sinon centralisatrice. Ensuite, jusque vers 1930, la majorité de la population française reste rurale, c’est-à-dire en marge du monde de la ville dont la science constitue un produit culturel symptomatique. Enfin, et surtout, changer les comportements – puisque tel est l’un des buts essentiels de l’hygiène moderne – porte atteinte aux représentations du corps, à ses usages et à son intimité, toutes choses éminemment délicates qui nécessitent du temps : celui de la réflexion, celui du changement lui-même, qu’ils soient propres aux personnes ou à la vie en société, d’une société qui va s’urbanisant, se technicisant et s’industrialisant.
En premier lieu, la propreté, au siècle dernier, n’est pas forcément considérée comme un bien. Pour de nombreux paysans, la saleté fait obstacle à la maladie. À l’inverse, la propreté (puis l’hygiène) est réputée faciliter la pénétration par les pores de la peau des miasmes porteurs de mort. Dans le même ordre de croyances, les odeurs fortes, les couleurs foncées sont synonymes de puissance. Ainsi, l’homme qui « pue le bouc » est censé disposer d’une puissance sexuelle hors du commun ; quant au sel gris, on le croit plus « fort » que le sel blanc, dans le bocage normand, et ce jusque dans les années 1970, « parce qu’il est moins lavé ».De plus, la vaccination est le sujet de controverse : la culture populaire y est hostile. Elle se méfie d’une médecine gratuite, instituée avec la bénédiction de l’État, alors qu’elle était habituée à voir fleurir, souvent loin d’elle, une médecine payante et… facultative ! Certains y décèlent une arrière-pensée fiscale, à moins que ce ne soit l’idée de la conscription. Les tenants de cette culture, qui n’est pas uniquement paysanne, opposent donc une force d’inertie au déploiement de la vaccination, notamment antivariolique, car ils croient posséder avec la théorie humorale une explication des causes des maladies, partant, de bons moyens pour les éviter. La variole purgerait l’organisme des principes morbides qui l’imprègnent depuis la naissance, ces « humeurs qui plus tard doivent devenir funestes ». La simplicité et la douceur de l’opération sont elles-mêmes cause de doutes : « Que peuvent, disent les gens du peuple à un médecin, un, deux, quatre, six boutons sur la masse des humeurs ? ». Bien pis, en désaccord avec la doctrine officielle de l’Église au sujet de la vaccination antivariolique, certains paysans et citadins pensent que la « petite vérole » est un fléau envoyé par la Providence ; les hommes n’ont donc pas le droit d’en prévenir les effets.
Cette hostilité à la vaccination se voit renforcée par les dangers réels que fait courir la vaccination antivariolique à ses débuts : vaccin impur, mal conservé, ou transmission de la syphilis à cause de l’utilisation d’un vaccin humain qui précéda celle du vaccin animal.
Ainsi, lorsque l’hygiène nouvelle et officielle exige des modifications durables de comportements qui touchent au plus fort et au plus intime, (c’est-à-dire au sens prêté à la vie et donc à sa préservation par le moyen de l’hygiène), les interrogations demeurent longtemps très fortes.

III) A) La place de l’hygiène pendant la grande guerre
Dans les tranchées, il faut vivre dans des conditions précaires. Il faut lutter contre le froid, la boue, la faim et les rats. Le repos se fait souvent au milieu du boyau, à ciel ouvert. Dans ces conditions, les vêtements s'usent vite. Le ravitaillement se fait grâce à une cuisine roulante, située en deuxième ligne. Le surnom de "poilus" fut donné aux soldats français, allemands et alliés qui, plongés dans l'univers infernal des tranchées, finirent par ne plus se raser tant les conditions de survie étaient difficiles. Les poilus apprirent à ressentir l'appréhension de la mort, à pleurer celle des camarades poilus, à souffrir d'une hygiène déplorable et de la boue. Ce sont donc de difficiles conditions de vie, d'hygiène et d'alimentation qui ont pu contribuer à une diminution de l'immunité et indirectement aux épidémies de Tuberculose, choléra et de grippe espagnole qui ont fait encore plus de morts que les combats eux-mêmes. Le plomb est aussi connu pour développer l'agressivité et affecter la fonction cognitive chez les victimes d'intoxication saturnine aiguë. Il semble que le mercure et d'autres métaux lourds puissent aussi développer des effets de ce type ou affecter certaines fonctions locomotrices et de l'attention ou de la mémoire. Ce phénomène pourrait rétrospectivement expliquer une part des syndromes développés par de nombreux soldats. Les infections sont courantes, surtout par l’eau, qui passe à travers les cadavres entassés, les rats propagent les maladies aussi. Face à ce manque d’hygiène certains soldats s’élaborent des douches ou des systèmes pour survivrent aux infections. Le plus grand des progrès fait a été la verdunisation, un procédé de chloration, d'abord testé dans la région de Verdun et lors du Siège de Verdun en Septembre 1916 et pendant et après la Première Guerre mondiale pour désinfecter par oxydation l'eau dans une zone particulièrement vulnérable aux épidémies en raison du siège de Verdun, de la guerre et de la présence d'une multitude de cadavres humains et animaux dans les cours d'eau et sur les points d'eau. La technique d'abord testée à Paris en 1911 a été améliorée (par l'optimisation des doses de chlore) et l'automatisation, pour à aboutir à l'Autojavelliseur automatique Bunau-Varilla.
B) les conséquences du progrès technique
La première conséquence de la guerre fut le traumatisme psychique sur les anciens combatant particulièrement et dans une moindre mesure sur l’ensemble de la population. Pour combattre cela, La Ligue Française De Prophylaxie Et d’Hygiène Mentale, fut crée le 15 janvier 1921 (et reconnue d’utilité publique en 1922)par le docteur Edouard TOULOUSE qui créa la LFSM pour ouvrir le 1er juin 1922 le premier “ service libre “ en psychiatrie : Henri-Rousselle à l’hôpital Ste Anne. L’une des autres conséquences fut le désenclavement des campagnes. En effet, l’évolution de l’étendu des chemins de fer, la pratique du français dû en partie au fait qu’au front les soldats pour se comprendre devaient parler la même langue ont causé que les provinces sont plus en contact avec l’évolution des villes. Les infrastructures étant mieux élaborées, le mouvement d’exode rural s’accroît, pour un nombre plus important d’ouvriers notamment en ville. L’hygiène des agglomérations peut donc s’étendre partout. Pourtant, ce n’est que difficilement que les mœurs évoluent, car ils résistent à la campagne comme à la ville. Dans ce contexte, le contact du corps avec l’eau (et avec le savon) est redouté. Il ne peut avoir lieu qu’à la faveur des grands rites de passage : toilette du nouveau-né qui entre dans la société, toilette des mariés, toilette du mort. Le passage du sale au propre correspond à un changement profond affectant le statut social de la personne. Aussi sa banalisation, par exemple à travers une toilette complète quotidienne, est-elle hors de question. L’idée de se laver avec de l’eau, qui nous semble aller de soi, ne devint évidente, et encore pour une minorité, qu’au début du XXe siècle. Enfin, si le lavage intégral du corps est lent à se diffuser dans la société, c’est qu’il renvoie, des siècles durant et jusque dans la première moitié du XXe siècle, au tabou de la nudité, à l’indécence du sexe et à une religion du péché. La lessive reste également une entreprise extraordinaire. Elle s’insère dans une culture calendaire qui n’a rien à voir avec le rythme hebdomadaire d’hier ou celui, irrégulier, d’aujourd’hui. La « lente chimie de la cendre » parlait le langage de l’intégration et de la hiérarchie sociale au sein de la communauté villageoise. Le séchage d’un linge abondant, sur plusieurs ares de prés et de haies, était signe de bien-être, de richesse, de vertu féminine, de thésaurisation.
Il a fallu qu’en ville la lessive des maisons bourgeoises soit dévolue aux laveuses et aux domestiques et que les moyens techniques changent (introduction de la vapeur et de la soude artificielle) pour que la cérémonie d’autrefois finisse par s’exécuter, de façon banale mais féminine. Tout les domaines qui attraient aux corps de façon intimes sont tabous : le préservatif , tiré de la découverte du latex de Goodyear au milieu du 19èmesiècle, restait très peu utilisé, de même, les méthodes contraceptives étaient peu développées. Cependant, la recherche avance : toute une génération de vaccins apparaît par la suite avec les anatoxines tétanique et diphtérique (Ramon, 1923) et le B.C.G. (Calmette et Guérin, 1921). Enfin, en 1929, Alexander Fleming découvre la pénicilline et ses propriétés bactéricides, ouvrant la voie au traitement des maladies infectieuses par les antibiotiques.
C) L’évolution des mentalités
Dès le début des années 30, le fait que la population urbaine dépasse celle des campagnes (1930) marque un tournant dans l’évolution des mœurs des français. La laïcisation commence à porter ses fruits, notamment dans un rapport avec l’eau moins distant, comme en témoigne des écrivains comme Marcel Pagnol, dans La Gloire de mon Père : « Le jeudi était jour de grande toilette, et ma mère prenait ces choses là très au sérieux », ou Théophile Gautier dans Le collier des jours : « Ce bain, mon père l’avait exigé pour moi ». La chasse aux poux fait son apparition, avec des produits telles les lotions anti-poux (exemple : l’application Marie Rose). Fini la corvée de dépouillage! Les pratiques conseillées par les hygiénistes avancent, même si elles ne franchiront un pas qu’après la Deuxième Guerre Mondiale. L’accession au pouvoir du front populaire et les lois sur les quarante heures de travail par semaine, les congrès payés, contribuent à l’aménagement d’une hygiène de vie. Déjà en 1919, les 8 heures de travail par jour défendaient, tel le journal L’assiette au beurre l’illustrait bien plus tôt, une journée en trois temps : travail, sommeil, loisir (huit heures chacun dans la journée).Les lois du 11 et 12 juin 1936, vont permettre aux Français de partir en vacances, et la mode américaine aide à un meilleur rapport avec l’eau : les familles partent se baigner à la mer. La pratique du bistro est en baisse, ne se fait plus au détriment des familles. Cette « société des loisirs » découvre la pratique du sport, ce qui est conseillé pour une meilleure hygiène de vie. Il en résulte une chute de la mortalité causée par les maladies infectieuses, et un allongement de la durée de vie malgré le second conflit mondial et le difficile après-guerre. De plus, les progrès de la médecine s’accroissent : la pénicilline est utilisée pour la première fois en 1941 pour traiter un patient atteint de septicémie à staphylocoque. De nouvelles familles d'antibiotiques sont ensuite découvertes. Les sulfamides, notamment, sont mis au point par Domagk en 1935 et leurs propriétés anti-infectieuses démontrées à l'Institut Pasteur en 1936 par Jacques et Thérèse Tréfouël. De nouveaux vaccins sont développés (coqueluche, poliomyélite, rougeole, oreillons, varicelle).En ville les salles de bains s’imposent peu à peu dans les nouveaux logements, ainsi que le chauffe-eau. A la suite des mesures de 1936 s’ajoute celle de 1939, portant sur l’établissement d’un système d’assurance mutuel pour chaque profession. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, les progrès, bien que plus restreints, évoluent peu : il faut cependant bien dire que la priorité restait de se nourrir.
Conclusion : Tout au long de cette période de 1848 à 1945, on peut constater que les progrès fait dans la science n’ont de conséquences que bien plus tard (cas des découvertes de Pasteur), car ils sont l’objet d’une lente évolution des mentalités. Ainsi, la peur de l’eau, la méfiance de la médecine pour tous, et la faible importance qui est attaché à l’hygiène quotidienne ralentit toute évolution. Mais la volonté des intellectuels, la laïcisation ainsi que d’autre mesure de l’Etat (lois de 1936) en parviendront lentement à bout combinant aussi la diffusion de nombreux messages. Et c’est au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, que le pas sera franchi.

Bibliographie :
- L’hygiène mentale et l’hygiène sociale : contribution à l’histoire de l’hygiénisme, Tome 1 et 2, Jean Bernard Wojciechowski, Paris 1997, éd L’Harmatan
-Les hygiénistes : enjeux, modèle et pratique (19ème – 20ème siècle), Bourdelais, Paris 2001, éd. Belin
-Assainir la ville hier et aujourd’hui, Gabriel Dupuis et Georges Knaebel, 1982, éd. Dunod
-Les Français et leur Médecine au XIXème siècle, Olivier Faure, 1993, éd. Belin
-La conquête de l’eau : l’avènement de la santé à l’age industriel, éd. Pluriel, 1987
-Propriétaires et locataires, les origines du logement social en France (1850-1914), Roger Henri Guerrand, 1987, éd.Quintette
-TDC N°680 : l’hygiène moderne : une invention révolutionnaire
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